Témoignage de François Gaudron

Sur le parcours de son père Jean Gaudron

Récit de François Gaudron

Je remercie bien sincèrement François Gaudron pour m’avoir autorisé à publier sur mon site le précieux récit de guerre de son père Jean Gaudron, officier au sein du 1er R.T.M.

Mon Père, Jean GAUDRON a commandé la 7e Compagnie du 1° R.T.M. comme Lieutenant, du 11/11/1942 (fin de l’Opération Torch sur les plages de Port Lyautey-Medhya) jusqu’au 29/05/1944 (il a été sérieusement blessé quelques jours avant Rome).

Notre famille habitait au quartier des Mimosas à Port Lyautey. J’ai retrouvé dans cet historique le nom des pères de nombreux petits garnements, camarades de jeu. Tous ne sont pas revenus.

Je suis né en avril 1940.

Mon Père Saint-Cyrien était de la même promotion (1933-1935) que le GAR Jean SIMON, ancien Grand Chancelier de l’Ordre de la Libération qui lui, avait été l’un des premiers à rallier la France Libre. Il a débuté la guerre avec le 35 RI. Fait prisonnier, il s’évada du Camp de Mailly. Il fut affecté d’abord au 66 RI puis au 1e Régiment de Tirailleurs Marocains.

Ma Mère et moi l’avons suivi: Marseille, Paquebot Sidi Bel Abbes, Oran. Parcours classique. Il passa plusieurs mois dans le Rif (Ouezzane) face aux troupes de Franco.

Port Lyautey: Grande désillusion pour mon Père qui espérait prendre une section de voltige et qui fut affecté à la section de mitrailleuses de la 7° compagnie. C’est peut être ce qui lui a permis de ne pas se faire tuer lors du débarquement Allié sur les côtes d’Afrique du Nord.

Dimanche 8 novembre 1942 : début de l’opération Torch. Le 1e Tirailleur était en alerte sur les dunes de Mehedya. Il devait être relevé le 9 novembre. Ses trains de combat étaient déjà redescendus. (j’ai rencontré en 1989 un colonel qui était le Sergent Fourrier de la 7 compagnie: « j’avais ramassé le samedi les munitions : j’ai laissé 5 cartouches par fusil et 15 par FM et mitrailleuse », devant mon étonnement il a précisé : “le lendemain il y avait tellement de morts qu’il suffisait de se baisser pour récupérer des munitions”).

Les contre attaques prévues à l’aube ont eu lieu dans les dunes en milieu de matinée. Le Régiment a été pratiquement anéanti. Mon interlocuteur m’a dit: « le 11/11 jour de l’armistice, votre Père commandait le 2° Bataillon », il a dû remarquer un petit sentiment de fierté dans mon regard car il a immédiatement précisé : « vous savez il restait en gros une demie compagnie… »Mon Père a alors pris le commandement de la 7° compagnie à la tête de laquelle il a participé à la libération de la Corse (jusqu’à Bastia) puis à la campagne d’Italie jusqu’au 29 mai 1944 où il a été sérieusement blessé (quelques jours après sa compagnie défilait dans Rome).

Le 8/11/42, j’avais deux ans et demi, mais j’ai des souvenirs très précis de ces quelques jours: notre maison au quartier des Mimosas était à moins de deux km des combats. Je cherchais à voir les obus tirés par la Marine Américaine sur la Forêt de la Mamora. Ma Mère a parfaitement entendu les clairons sonner le cessez le feu.

Dès le lendemain j’ai entendu : « tu sais le Papa de… est mort ». Ce genre d’information j’en ai entendu jusqu’en 1945. A la fin de la guerre, j’étais un des rares du lotissement à ne pas être orphelin de guerre (il n’y avait pas que des familles du 1e R.T.M dans le lotissement). Mon Père le 8 mai 1945, sortait juste de l’Hôpital Marie Feuillet de Rabat. Il ne m’a jamais vraiment parlé des combats de cette 4°DMM.

J’ai le petit historique du Régiment et les 4 tomes de “L’Armée de la victoire” de Paul Gaujac (mon Père y figure dans l’ordre de bataille de la campagne de Corse, tome 1) et j’ai bien sûr consulté le JMO à Vincennes.

J’ai écouté les souvenirs de ses camarades rencontrés plus tard et je suis allé me recueillir au Cimetière de Venafro au pied de Monte Cassino.

J’ai fait St Cyr, moi aussi, et j’ai eu comme Poireau (Général Commandant les Écoles) le Général Simon. Au cours d’une carrière on ne peut plus banale j’ai croisé en 1987 la fille d’un capitaine commandant de compagnie du 1e Tirailleur tué à Dunkerque en 1940. Elle avait passé ces années de guerre dans un autre lotissement à Port Lyautey mais il n’y avait pas de contacts entre les familles des officiers tués en 1940 et celles de ceux qui se feront tuer de 1942 à 1945. Les lotissements étaient éloignés et le Service Social ne brillait ni par sa présence ni par son efficacité (témoignages de ma mère qu’on a laissée se débrouiller seule lors du décès de ma sœur âgée de treize mois en septembre 1943). Heureusement il y avait les voisines.

Merci.

F. Gaudron.

1 Commentaire

  1. Patrick David

    Monsieur, ou mon Colonel ? ou mon petit camarade ?,

    Je lis et relis votre message ci-dessus… Nous avons surement partagé la calèche qui nous conduisait à la maternelle…

    j’ai en effet habité aux Mimosas, mon père étant alors Lieutenant au 1e R.T.M. !

    Inutile de vous dire, à quel point je souhaiterais vous rencontrer pour que vous m’aidiez à faire revivre cette période !

    Bien à vous.
    Patrick David.

    Réponse

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