Tirailleurs au 1er R.T.M.

Première Armée (1943 - 1945)

Voici plus de soixante dix ans que la Deuxième Guerre Mondiale s’est achevée. Ceux qui ont combattu lors de ce conflit et ceux qui en furent simplement les témoins en tant que civils par exemple, disparaissent peu à peu. Ils sont tout naturellement victimes du temps qui passe. Avec eux s’évanouissent de nombreux témoignages vécus.

Une multitude d’ouvrages, de reportages, de films, de biographies ont été réalisés par les historiens et les spécialistes de cette période. A ce précieux Devoir de Mémoire et de Commémoration, viennent parfois s’ajouter les récits de parcours individuels et l’enrichir davantage encore.

Malgré les années, pour bon nombre de ces anciens soldats, l’évocation des moments tragiques reste une épreuve difficile à surmonter. Ils conservent parfois pour toujours au fond d’eux, les souvenirs douloureux d’une guerre impitoyable.

Mon père, Yvon Demarchi (1923 – 2000), a été mobilisé alors qu’il n’avait pas encore vingt ans. Incorporé aux chantiers de jeunesse le 16 janvier 1943, il s’est trouvé affecté au Premier Régiment de Tirailleurs Marocains le 8 juin 1943. Durant trois années, de 1943 à 1945, il a combattu au sein de la Première Armée sous les ordres du Maréchal De Lattre de Tassigny, de la Corse à l’Italie, de l’Italie à la Campagne de France, le midi, les Vosges, l’Alsace, et enfin l’Allemagne puis l’Autriche…

Il m’a laissé de cette période de sa vie, bien peu de choses, quelques noms de camarades de combat entendus pendant mon enfance, des photographies d’inconnus ou de lieux difficiles à identifier.

Il m’a été permis de rencontrer celui qui fut surement le dernier survivant de leur compagnie : Paul Ernst. Ce Monsieur m’a accordé deux entretiens au cours desquels il m’a confié quelques souvenirs jamais dits au paravent. Il est hélas décédé peu après.

J’ai consulté les archives militaires du Service Historique de la Défense à Vincennes. Quelle émotion de tenir entre ses mains, l’original du Journal de Marche et d’Opérations d’un Régiment.

Je n’ai pu reconstituer qu’une petite partie du puzzle de l’Histoire du 1e R.T.M. Mais je continue à mener des investigations dans ce domaine tout en sachant que ces hommes ont emporté avec eux un profond vécu et de douloureuses blessures qui ne figurent nulle part.

En créant ce site, j’ai voulu rendre hommage à mon père, un homme silencieux qui ne parlait jamais de sa guerre, ainsi qu’à ses compagnons que je n’ai jamais connus, mais qui l’ont accompagné tout au long de ces trois années de combat.

J’ai voulu également faire connaître le périple de cette Première Armée souvent oubliée dans l’Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale et de même très peu présente dans les manuels scolaires.

C’est à nous, génération d’après guerre, que revient la responsabilité d’entretenir la Mémoire de nos pères. C’est à nous de collecter et de sauvegarder leurs écrits, leurs souvenirs. C’est à nous d’être présents lors des Commémorations, lorsque s’inclinent les drapeaux et que retentit la sonnerie “aux Morts”.

Bien sûr, nous avons l’habitude d’attendre…
mais peu à peu, nous découvrons que leur rire clair, nous ne l’entendrons jamais plus.
Nous découvrons que ce jardin là nous est interdit pour toujours.
Alors commence notre deuil véritable qui n’est point déchirant mais un peu amer.
Rien, jamais, ne remplacera les compagnons perdus.

Antoine de Saint Exupéry.
Terre des hommes.